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le 17/06/2010 11:12
Le 21 septembre 1926, Briand reçoit le Prix Nobel de la Paix, consécration suprême d'une vie tournée vers l'avenir des peuples, l'entente, la coopération. Sa modestie lui fait dire: « Un tout petit pas vers la paix, c'est tout de même un grand succès pour tous les peuples, si petit que soit ce pas, si on a la volonté d'en faire un autre demain, un autre après demain, et un autre chaque jour. »
En 1929, Briand lance l'idée d'une Fédération Européenne au milieu du scepticisme de ceux qui pensaient encore: « si tu veux la paix, prépare la guerre ».
Que faut-il penser de nos jours de ces phrases prophétiques : « Il faut renforcer le lien fédéral par de solides accords économiques aboutissant à créer un marché commun » ?
Bien sûr, il y aura encore une guerre, et encore des difficultés, des discussions, des échecs, avant que l'Europe ne devienne une réalité économique, mais reconnaissons à Aristide Briand le mérite d'en avoir le premier eu l'idée, d'en avoir fermement posé les fondations, trente années auparavant.
Et Cocherel ? Le Président Briand, depuis qu'il avait découvert ce village, un jour de chasse, y retournait souvent. Son identité avait fini par être dévoilée, et il souhaitait trouver un lieu de séjour calme, où il pourrait taquiner le goujon en oubliant les tumulteuses joutes parlementaires.
Le Hameau de Cocherel appartenait en grande partie, depuis 1791 au château, propriété des De La Croix. Briand s'arrête devant une chaumière à colombages, nichée dans la vigne vierge: « La Maison Normande » dont il se porte acquéreur. Cette première demeure lui servira de pavillon de pêche, et aussi de lieu de rêverie et de méditation, au fil des eaux de la rivière.
Aristide Briand n'a jamais cherché à acquérir le Château, même quand les biens des propiétaires furent dispersés, plus sûrement il achetait des prairies, des bois, des champs, discutant avec les paysans d'alors. Il aimait à dire qu'il était plus facHe d'arriver à ses fins à la Chambre des Députés, qu'avec les paysans normands !
À la veille de la Première Guerre Mondiale, Briand achetait « Les Hulottes », fermette de 14 hectares, située en face de la Maison Normande : La maison rustique fait face à une tourelle et les piliers du portail s'ornent de deux hiboux de pierre, sculptés à sa demande.
Aristide Briand n'était pas extrémement riche ; méthodique et peu dépensier, on raconte qu'il rangeait soigneusement son argent dans des enveloppes sans y toucher, et qu'ainsi un jour, à sa grande surprise, il découvrit une somme rondelette qu'il utilisa pour agrandir son domaine.
Une anecdote révélatrice, en passant : Aristide Briand se plaisait à bavarder avec l'abbé Brunet, prêtre du village, qui logeait dans une petite maison située en contre bas de l'Eglise Notre-Dame. Or cette maison était mise en vente et le pauvre abbé s'inquiétait de devoir en partir. Aussitôt, le Président se porte acquéreur du presbytère et en laisse la jouissance pour sa vie durant à l'abbé Brunet. Par la suite, cette maison porta le nom de « La Chebuette » (la petite chouette). Le rapporteur de la loi de Séparation de l'Eglise et de l'Etat était avant tout un homme profondément tolérant.
En 1926, avec l'argent du Prix Nobel de la Paix, Briand va pouvoir finir de financer l'achat de la ferme de la Cailleterie, d'une quarantaine d'hectares, située sur le Plateau. Cette ferme, abandonnée depuis longtemps par les chatelains qui la possèdaient, nécessitait de lourds investissements. « Le prix Nobel a été un bon engrais » dira Briand !!
Il a alors des vaches et des moutons, et ses propriétés s'agrandissent sur le territoire du Hameau de Cocherel.
C'est vers la fin de sa vie qu'i! achète et fait aménager une ferme dans la vallée, à Hardencourt, « La Ramière » qui sera sa dernière acquisition.
Ainsi en vingt ans, le Président, au fur et à mesure de ses possibilités, achetant lopin après lopin, maison après maison, a pu s'enorgueillir d'un domaine de plus de 200 hectares !
Briand, était à l'aise avec les habitants de Cocherel; vêtu simplement, l'air bonhomme, il aimait à boire en leur compagnie une bolée de cidre à l'auberge en discutant des récoltes et des troupeaux.
Un jour,il décide d'acheter une vache pleine; pas très spécialiste en la matière, il se laisse convaincre par la rouerie du vendeur, et la paye au delà de sa valeur ; sourires ironiques des gens du cru, devant ce parisien que l'on roule si facilement. Le président rétorque finement: « Trop cher, peut-être, mais elle va avoir deux veaux ... » hilarité générale, jusqu'à la mise bas, car... la vache eut effectivement deux veaux !!
La simplicité du Président, sa mise très rustique, lui valaient souvent des aventures comme celle-ci: un jour, sur la route de Pacy, il croise un gendarme, nouvellement arrivé dans le secteur : celui-ci l'interpelle: « Eh toi, l'homme, peux-tu m'indiquer un téléphone ? J'ai quelque chose d'urgent à dire au Parquet ». Complaisant, Briand le conduit chez lui, aux hulottes, décroche te téléphone, appelle le Palais, et le gendarme abasourdi, entend : « bonjour mon cher Procureur, ici Briand, je vous passe un gendarme qui désire vous parier ». Cè dernier, rouge de confusion, ne put que partir à fond de train à Pacy, avouer à son chef sa bévue ...
Souffrant d'une maladie cardiaque, le Président Briand s'éteint le 7 mars 1932, à Paris! après avoir fait un dernier adieu à ses terres de Cocherel, dix jours auparavant.
Il y reviendra, définitivement, le 3 juillet pour être inhumé sous une large dalle de granit, à mi-côteau, face à la vallée d'Eure, au milieu de ce paysage qu'il aimait tant.
Ce texte a été publié dans le Journal Communal d'Houlbec numéro 7 de décembre 1986

Aristide Briand remontant la rue de l'église de Cocherel
Montage et colorisation de l'illustration Hélène Dumur